Brevet Blanc Musset

vendredi 13 février 2009
par A-M. Léger
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BREVET BLANC JANVIER 2009

Le lendemain, au lever du soleil, la première pensée qui me vint fut de me demander : Que ferai-je à présent ?

Je n’avais point d’état, aucune occupation. J’avais étudié la médecine, le droit, sans pouvoir me décider à prendre l’une ou l’autre de ces deux carrières ; j’avais travaillé six mois chez un banquier, avec une telle inexactitude, que j’avais été obligé de donner ma démission à temps pour ne pas être renvoyé. J’avais fait de bonnes études, mais superficielles, ayant une mémoire qui veut de l’exercice, et qui oublie aussi facilement qu’elle apprend.

Mon seul trésor, après l’amour, était l’indépendance. Dès ma puberté, je lui avais voué un culte farouche, et je l’avais pour ainsi dire consacrée dans mon cœur. C’était un certain jour que mon père, pensant déjà à mon avenir, m’avait parlé de plusieurs carrières, entre lesquelles il me laissait le choix. J’étais accoudé à ma fenêtre, et je regardais un peuplier maigre et solitaire qui se balançait dans le jardin. Je réfléchissais à tous ces états divers et délibérais d’en prendre un. Je les remuai tous dans ma tête l’un après l’autre jusqu’au dernier, après quoi, ne me sentant de goût pour aucun, je laissai flotter mes pensées. Il me sembla tout à coup que je sentais la terre se mouvoir, et que la force sourde et invisible qui l’entraîne dans l’espace se rendait saisissable à mes sens ; je la voyais monter dans le ciel ; il me semblait que j’étais comme sur un navire ; le peuplier que j’avais devant les yeux me paraissait comme un mât de vaisseau ; je me levai en étendant les bras, et m’écriai : - C’est bien assez peu de chose d’être un passager d’un jour sur ce navire flottant dans l’éther ; c’est bien assez peu d’être un homme, un point noir sur ce navire ; je serai un homme, mais non une espèce d’homme particulière. Je jetai mes vêtements comme par un mouvement involontaire, et ainsi nu je me prosternai, en répétant : Je serai un homme !

Alfred de Musset, La Confession d’un enfant du siècle ; 1836

QUESTIONS ( 15 points)

I. Narration et souvenir (4.5 points)

1. a) Par quel terme est désigné le narrateur ? (0.25 pt) b) Quelle est la classe grammaticale (nature) de ce mot ? (0.25 pt)

2. a) Quelles études a suivies le narrateur ? (0.5 pt) b) Quelle profession a-t-il exercée ? Comment cette expérience s’est-elle conclue ? (1 pt)

3. Quel est le « bien » le plus précieux du narrateur ? Depuis quelle époque de sa vie lui « voue-t-il un culte farouche » ? (0.5 pt)

4. Nature et fonction du mot « farouche » ? (0.5 pt)

5. À la lecture de cette page, que peut-on déduire du caractère du narrateur ? Qu’apprenons-nous de ses origines sociales (citez le texte) ? (1 pt)

6. A quel genre littéraire appartient ce texte ? Justifiez votre réponse. (0.5 pt)

II. Un fils face à son père (4 points)

7. Qu’est-ce que le père propose à son fils ? (0.5 pt)

8. D’après le souvenir évoqué, comment qualifiez-vous le rapport entre le père et son fils ? (1 pt)

9. Quel personnage semble absent lors de cette confrontation ? Qu’en déduisez-vous sur le narrateur, son époque ? (1 pt)

10. Des lignes 14 à 16, relevez les verbes appartenant au champ lexical de l’interrogation du narrateur. (1 pt)

11. Dans le troisième paragraphe, recopiez l’expression qui marque le début du récit du souvenir. (0.5 pt)

III. Une révélation (6.5 points)

12. Dans le dernier paragraphe, quelle expression annonce que le narrateur n’écoute plus son père et qu’il plonge dans ses propres pensées ? (0.5 pt)

13. Ligne 18 : mode et temps du verbe « entraîner » ? Quelle est la valeur de ce temps ? ( 1 pt)

14. De la ligne 19 à la fin, quelles sont les deux figures de style différentes autour desquelles s’organise la « révélation » du narrateur ? Relevez dans ce passage deux figures de style différentes. (2 pts)

15. a) Dans les lignes 16 à 24, Musset compose une très longue phrase. Recopiez les mots avec lesquels se termine la narration. Recopiez ensuite les premiers mots avec lesquels commence le passage au style direct. (1 pt) b) Quels sentiments sont exprimés grâce à cette très longue phrase ? (0.5 pt)

16. a) Le texte apporte une réponse à la question initiale. Quelle est cette réponse ? (0.5 pt) b) Quel est le sens de cette affirmation ? Que vous inspire-t-elle ? (1 pt)

REECRITURE  ( 4 points) Réécrire tout le deuxième paragraphe en commençant par : « Nous n’avions point d’état… » Faites les modifications qui s’imposent.

DEUXIEME PARTIE

REDACTION ( 15 points)

Imaginez une scène opposant un adulte à un adolescent. Le premier essaie de convaincre le second de faire des « choix » raisonnables quant à son orientation. En réponse, l’adolescent fait part de ses désirs et évoque son futur tel qu’il l’imagine.

En vous inspirant du texte de Musset et en faisant appel à votre imagination, rédigez, à la première personne, cette scène de conflit. Votre récit mettra en valeur les idées des deux personnages en faisant alterner les passages narratifs et les passages argumentatifs ; vous pouvez introduire de brefs dialogues. Illustrez les prises de position des protagonistes par des exemples tirés de votre expérience ou de votre culture personnelle (lecture, film, théâtre). Il sera tenu compte, dans l’évaluation de votre devoir, de la correction et de la qualité de la langue (rédigez sous forme de phrases courtes et ponctuées…)

Votre rédaction s’enrichira de figures de style : une métaphore (en vert) et deux comparaisons (en rouge).

DICTEE ( 6 points)

La vie ne m’a pas fait attendre, elle a toujours ou presque, roulé plus vite que moi. J’ai couru derrière, j’ai couru vite et longtemps, mais c’est trop rarement que je l’ai rattrapée. L’unique chose que j’attends d’elle aujourd’hui : un peu de légèreté et de liberté intérieure, je sais déjà que, dans ce monde trompeur, je n’en aurai que quelques grammes, alors que j’en voulais des kilos. Je continue de courir, de plus en plus lentement, et savoir jusqu’à quand n’est, hélas, pas de mon ressort. C’est à cette poursuite que j’ai consacré le plus clair de mon existence ; c’est elle qui m’a mis sur les routes. Nicolas Bouvier ; L’Attente ; 1996.


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